André Santini
Saint-Etienne d’Issy-les-Moulineaux
8 juin 2026
Après le temps des hommages, voici venu celui de la prière. Pour tous les baptisés, les obsèques constituent un temps d’action de grâce pour tout ce qui a été beau et grand dans une vie qui s’est achevée et un temps de présentation à la miséricorde de Dieu de tout ce qui doit être purifié au terme des méandres de l’existence terrestre.
Entrons dans ce temps de prière, chacun tels que nous sommes, par le signe de la lumière qui rend témoignage à la lumière du Christ ressuscité et par la voie de l’humilité en nous présentant à Dieu dans la vérité de nos vies et de nos cœurs.
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Frères et sœurs,
Nous voici réunis dans l’église Saint-Etienne d’Issy-les-Moulineaux, dont la première construction date du VIIème siècle. Une construction romane lui succède puis un autre édifice au XIVème siècle. C’est en 1645 que l’église actuelle est consacrée, durant ce « grand siècle des âmes » qui voit aussi la construction du majestueux séminaire Saint-Sulpice voisin. Gravement endommagée durant la Commune, l’église est rendue au culte en 1872, en présence du Maréchal de Mac-Mahon, futur président de la République. Sa trajectoire se poursuit avec une restauration importante en 2006 et 2007. Si je me permets d’évoquer cette chronologie, c’est parce qu’elle est emblématique de l’histoire de la ville à laquelle celui qui nous réunit aujourd’hui a dédié l’essentiel de sa vie (c’était le slogan de sa dernière campagne). D’autant que les constructions d’églises se sont multipliées à mesure que la cité se développait : l’église Saint-Bruno est construite en 1936 dans le quartier des Epinettes, l’église Sainte-Lucie est édifiée en 1937 pour remplacer une chapelle de 1901, la « chapelle » Saint-Benoît, au bord de la voie romaine, est agrandie en 1932 puis reconstruite en 1970, Notre-Dame des Pauvres, dans le quartier de la Plaine, est inaugurée en 1950. Durant toutes ces époques, Issy a été une terre de monastères (bénédictins, hospitaliers, chartreux), de demeures aristocratiques puis de développement industriel, de l’aviation en particulier, d’habitat populaire aussi, juste au-delà des « fortifs », les fortifications de la périphérie parisienne.
Et c’est à partir de tout cela que l’aventure municipale de près d’un demi-siècle qui vient de s’achever a construit et reconstruit une ville transformée : une véritable ville – selon une volonté commune à beaucoup d’entre vous –et pas seulement une « banlieue », au sens trop souvent péjoratif du terme, dépendant de la capitale, une ville où il fait bon vivre, se former, travailler, se cultiver et, last but not least, se restaurer. Pour les chrétiens, toute ville annonce la Jérusalem céleste vers laquelle nous marchons, où se réalisera en plénitude le bonheur décrit par les Béatitudes, proclamées il y a un instant. Tous ont la mission, chacun à sa place, les responsables publics en particulier, de préparer cet avènement en servant la miséricorde, la justice et la paix.
Une des grandes fiertés d’André Santini était d’avoir accueilli le Pape Jean-Paul II à Issy-les-Moulineaux en 1980. Durant son premier voyage apostolique en France, le pape polonais était en effet venu rencontrer tous les évêques de France dans la grande chapelle du séminaire (l’actuel parc Jean-Paul II en garde la mémoire). Et voici que nous sommes à la veille du premier voyage apostolique du pape Léon XIV dans notre pays, à la fin du mois de septembre. Il n’est pas prévu qu’il vienne à Issy-les-Moulineaux mais dans sa toute récente encyclique, Magnifique humanité, il s’adresse aux responsables de la cité d’une manière particulièrement inspirante en la circonstance qui nous réunit.
« Construire un monde où chacun peut s’épanouir, écrit le pape Léon XIV, exige une coresponsabilité courageuse. Aucune main ne suffit, à elle seule, à supporter le poids des défis pesant sur le monde ; et aucune n’est si faible qu’elle ne puisse apporter sa contribution. À chacun sa partie de la construction : scientifiques et chercheurs, entrepreneurs et travailleurs, éducateurs et législateurs, société civile, mouvements populaires et communautés de foi. Les tensions et les divergences ne doivent pas faire peur : elles peuvent devenir des énergies créatives lorsqu’elles sont guidées par une responsabilité partagée. Évitons les mots qui humilient ou opposent. Choisissons la lumière qui éclaire et la franchise qui ouvre des voies » (MH, 13-14).
Que la cérémonie de ce jour, qui nous replace tous devant le mystère de l’essentiel, nous encourage sur ce chemin de justice et de paix.

Mgr Matthieu Rougé
Évêque de Nanterre

