Cathédrale de Nanterre

Messe chrismale 2026

Cher Père et frère dans l’épiscopat,
chers frères prêtres,
chers frères diacres avec vos épouses,
chers frères et sœurs consacrés,
chers frères et sœurs laïcs en mission ecclésiale,
chers amis catéchumènes,
chers frères et sœurs,


« Qu’il est bon, qu’il est doux pour des frères, chante le Psaume 132, de vivre ensemble et d’être unis ! On dirait un baume précieux, un parfum sur la tête, qui descend sur la barbe, la barbe d’Aaron, qui descend sur le bord de son vêtement ».

Oui, qu’il est bon, qu’il est doux d’être réunis pour que, grâce aux huiles bénies et consacrées en ce jour, la plénitude de l’onction qui repose sur le Christ notre tête se répande sur tout son corps qui est l’Eglise, sur son « vêtement », sa tunique sans couture qu’est notre communauté ecclésiale appelée à cultiver son unité pour annoncer et inaugurer la paix du Royaume qui vient.


L’huile des malades nous est donnée « pour soulager le corps, l’âme et l’esprit, pour chasser toute douleur, toute maladie, tout mal physique, moral et spirituel ».

Vous vous rappelez, chers frères prêtres, que, le 3 février dernier, après avoir célébré la Messe sous le regard de Notre-Dame de Bonne Délivrance, chez nos Sœurs hospitalières de Saint-Thomas de Villeneuve, si attentives aux malades en fin de vie, nous avons passé la journée à approfondir la grâce du sacrement de l’onction des malades, sacrement de force et de consolation, sacrement de résurrection au cœur même de l’épreuve de santé.


Grâce à l’huile des catéchumènes, nous en avons été témoins ces dernières semaines, ceux qui se préparent aux sacrements de l’initiation chrétienne « reçoivent intelligence et énergie, comprennent plus profondément la Bonne Nouvelle et s’engagent de grand cœur dans les combats de la vie chrétienne ».

Les nombreux catéchumènes que nous avons la grâce d’accompagner sont un trésor pour nos communautés. Ce trésor, le concile provincial, dans lequel je vous invite tous à vous impliquer avec détermination, nous permettra de le faire fructifier, dans l’esprit de la parabole des talents.


Le Christ a été « consacré d’une onction de joie comme aucun de ses semblables », proclame la prière de consécration du saint chrême. Mais, en partageant cette onction avec nous, le Christ fait avancer les chrétiens, les « chrismés », sur le chemin de la ressemblance divine retrouvée.

Savez-vous que, pour manifester l’unité de l’Eglise dans le Christ, nos frères coptes, chez qui se rendra une délégation de chrétiens des Hauts-de-Seine dans quelques semaines, réservent la consécration du « myron » au patriarche, appelé aussi pape, et qu’elle n’a eu lieu que quarante et une fois en deux mille ans (la dernière étant en 2024) ? Le myron apporté par saint Marc à Alexandrie servit, dit-on, jusqu’au temps du grand saint Athanase, trois cents ans plus tard.

Nos traditions liturgiques sont différentes mais c’est bien le même mystère d’unité dans le Christ qui est manifesté. « In illo Uno unum », « en Celui qui est un, soyons un », pour reprendre la belle devise augustinienne de notre nouveau Pape Léon XIV.


Ce que les huiles signifient et accomplissent – mais aussi le pain et le vin de l’eucharistie et l’ensemble des gestes de la liturgie –, c’est la Parole de Dieu qui nous le révèle.

Voilà qui donne tout son sens à la « randonnée biblique » dans laquelle s’est engagé notre diocèse avec une ampleur de joie et de disponibilité intérieure qui fait mon émerveillement.

Beaucoup de catéchumènes m’écrivent que la lecture d’un évangile a été déterminante dans leur décision de frapper à la porte de l’Eglise.


Lors de nos journées du presbyterium à Marseille, le cardinal Aveline nous a invités, chers frères prêtres, à découvrir toujours davantage dans la Parole de Dieu le ciment de notre fraternité missionnaire.

Je suis heureux que, dans le sillage de ces journées de grâce sous le regard de la Bonne Mère, plusieurs équipes de prêtres aient pris l’habitude d’un partage plus régulier à partir des Saintes Ecritures.


La reliure ouvragée de l’évangéliaire utilisé ce soir – avec la solennité que met l’évangile à évoquer la remise du livre du prophète Isaïe à Jésus pour qu’il en fasse la lecture – provient de Roumanie où nous a mené le pèlerinage œcuménique de l’an dernier.

Il est beau et suggestif que la Parole de Dieu soit conservée dans un réceptacle précieux, une manière de ciboire en orfèvrerie pour garder le trésor des Ecritures, qui n’est pas sans lien bien sûr avec le trésor de l’eucharistie, en laquelle le Verbe prend corps.


La liturgie propose à l’évêque, comme je viens de le faire et comme le fait systématiquement le Pape, de bénir l’assemblée après la proclamation de l’évangile. L’évangéliaire devient alors une sorte d’ostensoir pour une bénédiction qui n’est pas sans évoquer celle du Saint Sacrement.

« Que la grâce et la paix vous soient données de la part de Jésus Christ, le témoin fidèle, le premier-né des morts, le prince des rois de la terre »

Voilà la prière qui m’habitait en vous bénissant avec l’évangéliaire il y a un instant, voilà la prière que je fais jour après jour pour tous ceux qui participent – ou participeront – à notre randonnée biblique, pour tous les catéchumènes aussi et tous les néophytes, pour ceux et celles qui laissent mûrir en eux un appel à tout quitter pour le service de l’évangile et de l’Eglise.


Une des grâces de ces derniers mois a été la béatification des cinquante « martyrs de l’apostolat » victimes du nazisme durant la seconde guerre mondiale.

Parmi eux, il y a un jociste et jeune père de famille de Clichy, Marcel Touquet, dont la vie extraordinairement fervente et généreuse constitue un exemple inspirant pour les jeunes et les néophytes d’aujourd’hui.

Peut-être que la surabondance des catéchumènes à Clichy – ailleurs aussi bien sûr – est pour une part, dans le mystère de la communion des saints, un fruit de son témoignage et de son intercession.


Dans le sol de notre diocèse – dans un des cimetières de Boulogne –, repose aussi un prêtre, le Bienheureux Jean Batiffol.

Certains d’entre nous ont peut-être quelques souvenirs des ouvrages de son oncle, Mgr Louis Batiffol, qui fut recteur de l’Institut catholique de Toulouse, sur l’eucharistie, saint Augustin ou saint Grégoire le Grand.

Notre Jean Battifol est entré au séminaire après une agrégation d’histoire. Mobilisé, arrêté, détenu dans un camp d’officiers, il se débrouille pour rejoindre un hôpital puis un camp de simples soldats.

« C’est la vraie vie missionnaire, écrit-il, avec ses fatigues, ses surprises, ses joies aussi, et elles ne manquent pas. Je n’avais jamais connu, depuis des années, un pareil épanouissement de ma vie sacerdotale. Je ne cesse de relever les âmes, de guérir, d’exhorter, d’appeler. Beaucoup d’insensibles, mais beaucoup d’affamés aussi, qui retrouvent la grâce ».

Dénoncé à la Gestapo, le P. Jean Battifol est déporté à Mauthausen, le dernier des camps nazis libérés, où il meurt d’épuisement le 8 mai 1945.


Chers frères prêtres, sans nous épuiser à la tâche, puissions-nous avoir le même zèle pour annoncer le Royaume qui vient au milieu des contradictions du temps présent, pour nourrir les « affamés » dont les catéchumènes d’aujourd’hui constituent comme l’avant-garde.

Que l’exemple et la prière du Bienheureux P. Jean Batiffol vous accompagnent au moment où vous renouvelez votre résolution à « vivre toujours plus unis au Seigneur Jésus, à chercher à lui ressembler en renonçant à vous-mêmes, à être les fidèles intendants des mystères de Dieu, avec désintéressement et souci des âmes ».


L’huile de joie et de consolation ;
la Parole de vie et de vérité ;
la sainteté des prêtres et des baptisés-confirmés vivant de l’eucharistie et de tous les sacrements.


Chers frères et sœurs,

Le 8 mai est la date anniversaire de la mort – de la naissance au ciel – du Bienheureux P. Jean Batiffol et de la fin de la seconde guerre mondiale mais aussi de l’élection du Pape Léon XIV, que certains d’entre nous, représentant tout le diocèse, avons vécu en direct place Saint-Pierre.

Laissons-nous encore rejoindre ce soir par la force paisible des premières paroles du nouveau pape :

« Sans peur, unis, main dans la main avec Dieu et entre nous, allons de l’avant.
Nous sommes les disciples du Christ, le Christ nous précède.
Le monde a besoin de sa lumière, l’humanité a besoin de lui comme pont pour pouvoir être rejointe par Dieu et par son amour ».