Quel est le sens profond de cette béatification pour aujourd’hui ?
A quelle JOIE sommes-nous appelés en la célébrant ?

Christian écrit : Ma vie n’a pas plus de prix qu’une autre. Elle n’en a pas moins non plus. Ce texte, écrit à la première personne du singulier en « je », a été vécu dans la mort en « nous ». Il est emblématique de ce qu’ont vécu les 6 autres moines de Tibhirine et les 12 autres religieux et religieuses qui ont tous DONNE leur vie à Dieu et à l’Algérie. Ce DON est au cœur de la vie cachée, solidaire, discrète de cette petite Eglise d’Algérie, Eglise de la Rencontre, vivant dans la simplicité du quotidien et dans le respect mutuel d’une amitié avec le peuple algérien, placée par les uns et les autres sous le regard de Dieu.

C’est ainsi que, pour la célébration de cette béatification, nous sommes appelés tout naturellement à nous recueillir en associant les 19 religieux et les 200.000 victimes d’une mort aussi brutale, laissées dans l’indifférence de l’anonymat.

Cette célébration est une merveilleuse occasion de se reconnaître mutuellement
« complice du mal qui semble, hélas, prévaloir dans le monde… et de demander le pardon de Dieu et celui de nos frères en humanité » pour mieux se disposer à pardonner à ceux « quels qu’ils soient » qui provoquent la mort ou l’exclusion surtout s’ils disent agir en fidélité à ce qu’ils croient être… leur foi.

La grâce du martyre dont ni Christian ni nul autre ne pouvait se réjouir porte ainsi le témoignage que l’amour, vécu par ces 19 victimes chrétiennes, était un amour partagé, fait de rencontres avec tout un peuple musulman qui les aimait par-delà les différences devenues des richesses.

C’est sans doute dans cette JOIE-là, joie de la rencontre, que peut se découvrir le sens profond de la béatification pour aujourd’hui, joie communicative de larrons heureux dont l’amitié est capable de toucher largement croyants ou incroyants.

Dans un monde miné par les inégalités, les violences sans visage et la tentation de replis identitaires, la béatification est comparable à une petite graine de paix appelée à germer au coeur d’une humanité en quête de fraternité.

Hubert de Chergé (frère de Christian).