Quelle étrange actualité que cette évocation d’un peuple qu’il est urgent de consoler, quel étrange retournement du désenchantement ! Pour ceux qui ont connu mai 68, l’absurdité était « la société de consommation » avec le constat « qu’on ne tombe pas amoureux d’un taux de croissance »… L’exigence aujourd’hui serait « davantage de tout pour tout le monde » ?

Mais, sur les dossards fluo, la première revendication semble être le besoin de reconnaissance, la colère de se croire invisible, négligé, humilié.
Voilà la faille, le manque, voilà la frustration : le cœur de l’homme ne trouve pas sa consolation dans l’ordre du monde, dans les lois des sociétés, dans les lendemains prometteurs. Il y a cette conviction qui revient toute la vie, que nous sommes nés pour autre chose, que nous sommes promis à autre chose, que nous valons autre chose. Et tant que notre cœur n’a pas eu SA réponse sur cet « autre chose », l’horizon reste brouillé et le ciel opaque.

Et voilà qu’aujourd’hui cette bonne nouvelle nous est annoncée : ce ciel opaque, on l’a vu s’ouvrir. En cela le baptême du Christ est, non pas un épisode un peu bizarre dans la compréhension du baptême, mais le modèle même du baptême.

Dieu n’a jamais cessé de s’intéresser au plus petit d’entre nous, de dire à chacun « tu es mon enfant bien-aimé ». Le peuple, que Dieu console, chante avec le psaume « il se souvient de nous les humiliés » et Marie le reprend dans son magnificat « Il se souvient de son amour ».

Oui, au-dessus du Jourdain, le ciel s’est ouvert sur le destin et la vocation de chaque homme et chaque femme. Au-delà des sagesses, il y a la folie de l’amour. Au-delà des comportements sociaux recommandables, il y a Jésus présent dans nos semblables. Au-delà des résignations nécessaires, il y a l’espérance de la Résurrection. Et au- delà des lois, il y a la conclusion de Saint Augustin : aime et fais ce que tu veux.

Mais cela, c’est une expérience personnelle, c’est une lumière qu’il revient à chacun de reconnaître et de suivre. Nous, les baptisés, nous sommes ceux qui ont vu le ciel s’ouvrir et notre vie prendre une autre dimension.

Baptisés, consolez mon peuple, soyez le sel de la terre et la lumière du monde…

Yves Le Corre, diacre.