Le « retour à la case départ » est considéré dans le langage courant comme un constat d’échec, qui prend acte qu’il n’y a rien eu de réussi, rien de construit. En faisant un parallèle avec le retour du temps du Carême dans l’année liturgique, la case départ pourrait coïncider avec des retrouvailles avec nos limites, nos incapacités, nos bonnes intentions régulièrement démenties par le courant de la vie. Perspective décourageante s’il s’agit d’entreprendre des privations méritoires ou des dévotions ambitieuses mais déjà désabusées.

Pourtant, la « case départ » est un bel endroit !… Pour les amateurs de courses en montagne, c’est le moment où le massif qu’on va escalader apparaît dans toute sa majesté ; pour les marins et les randonneurs, c’est la dernière revue d’un équipement qu’on a affiné, entretenu, amélioré. La « case départ » est pour ceux-là le moment où l’on croit en soi, en ses possibilités, en son énergie, à la joie promise.

« Qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire cette fois pour le carême 2019 ? » Aborder le calendrier sous cet angle, la voie du « faire », c’est limiter la case départ au catalogue fastidieux de nos recettes et de nos obsessions. De nos tristesses de n’être pas des saints. Or, la première étape qui nous est proposée, ce n’est pas de décider de faire, mais de nous demander qui nous sommes et qui nous voulons être. C’est Jésus au désert en ce premier dimanche de carême : face aux perspectives proposées par l’Ennemi, l’avidité, la manipulation, la domination, Jésus révèle qui Il est : celui qui se conforme au Père.

Alors, qui sommes-nous, quelle est notre sainteté, quel don de l’Esprit demande à se réaliser par nous – la parole ?, le service ?, la paix ?–

Donc, où est notre joie ?

Que Dieu éclaire la « case départ » de chacun de nous
pour nous conduire à la résurrection de Pâques.

Yves Le Corre, diacre.