Notre société est traversée par des remous profonds, voire violents: les liens organiques de solidarité et de fraternité sont à la peine. La bioéthique ajouterait-elle à ces remous de fond? Très vraisemblablement, si elle se contentait de chercher les solutions juridiques pour répondre positivement à toutes les nouvelles demandes. On pratiquerait alors une sorte d’éthique du curseur. Et si ce curseur était gouverné par le seul principe de non-discrimination, l’usage des techniques ne connaîtrait pas de limite.

Pour traverser nos remous sociétaux, la bioéthique, pour sa part, exige un regard plus profond. Elle se fonde sur une ample et solide conception de l’être humain, notamment sur la personne indissociable de son corps. Elle reconnaît et protège l’humanité présente en tout être humain. Elle institue des liens entre des personnes. Elle engage des corps sociaux, comme le corps médical. Elle contribue au bonheur durable et responsable grâce à la considération vigilante de la famille, cellule vitale de la société, et grâce au respect de l’humanité partagée chez tous, ce qui oblige à la fraternité. Elle postule donc que nous assumions collectivement et positivement des renoncements: ils seront le signe de la priorité que nous donnons à une vision commune de la grandeur de l’être humain et de sa vocation sociale.

Où notre fraternité trouvera-t-elle sa garantie? Dans notre capacité à prendre soin du plus fragile. C’est là qu’est gardé le «seuil d’humanité», comme le souligne le philosophe Claude Bruaire. Dans ce plus fragile brille la dignité humaine attestant qu’il est, lui aussi, membre de notre commune famille humaine. L’exigence d’en prendre soin suscite solidarité et hospitalité, qui tissent ensemble notre fraternité et la fortifient. En ceci réside la noblesse de la bioéthique: intégrer l’usage des techniques dans un projet de société dont la pierre d’angle est la fraternité fondée sur l’égale dignité de tous, sans exception, de telle sorte qu’aucune domination ne s’institue légalement sur un être humain.

La bioéthique requiert aujourd’hui une pensée et un agir collectifs fondés sur une éthique du dialogue plus riche que l’éthique de la discussion. Elle doit viser un modèle de société dont la loi ne sera ni le marché ni les intérêts politiques. Contrairement à ce qui a été dit, aucune question n’est «simple»!

Au-delà des débats stériles, saisissons l’opportunité d’une réflexion nouvelle à laquelle nous convie la bioéthique!

Mgr Georges PONTIER, Evêque de Marseille

Discours d’ouverture de l’Assemblée Plénière, Lourdes printemps 2019